dimanche 4 novembre 2007

Carnet de route


Un carnet de route, très sommaire, sur les hébergements sélectionnés pendant le séjour et sur les sites touristiques à visiter par région.


Région de BAMAKO

Sud de Bamako moins touristique

Contacts à rencontrer / Sites à visiter :

- Centre culturel français

- Palais de la culture Amadou Hampate BA. Badalabougou

- L’institut national des arts

- Musées

- La maison des artisans

Hébergements :

Centre ville Bamako

- Foyer d’accueil de la mission catholique. Bamako coura, rue 361. 222 77 61

Les prix varient de 4000 FCFA par personnes (six lits) à 5000 FCFA. A réserver car foyer souvent complet.

- Mission du père Francis, dite mission libanaise. Rue Raymond – Poincaré, quartier du fleuve. 223 50 94

Les chambres ventilées vont de 8000 FCFA à 12 000 FCFA. Le père Francis n’est plus là, c’est son fils Georges qui a repris la mission. Le confort est sommaire.


Hippodrome

- Nema Sow. Lafiabougou. 630 21 43. nemasow@yahoo.fr

Appréciation : ****

Le meilleur rapport qualité/prix de la ville. Mario connaît bien le pays. Elle a décidé de changer de vie après un séjour de 3 mois au Mali. Elle donne pleins de conseils pour les touristes qui débarquent à Bamako. Idéal en premier point de chute en arrivant au Mali. Téléphoner pour y résider les premiers jours.

- Le Tamana ; Hippodrome, rue 216, porte 15. www.hoteltamana.com. hoteltamana@ikaso.net

Appréciation : ****

Prix des chambres de 23 000 à 25 000 FCFA, petit déjeuner inclus ; Etablissement tenu par des français. Convivialité assurée.

- Konare Saw. 36 98 . rue Dafanga. 679 78 78/647 36 98

Appréciation : ***

Chambre d’hôte. Deux chambres ventilées 12 500 FCFA ou climatisées 20 000 FCFA. Petit déjeuner inclus. Possibilité de prendre le repas avec la famille (2 500 FCFA) La famille Konaré vous propose de séjourner avec elle, dans sa vaste et agréable maison. Ambiance africaine. Nafi, la maîtresse de maison, vous réservera un excellent accueil.

- Triskell SO. ACI 2000, Hamdallaye (non loin de l’Orca et des archives nationales entre la grande bibliothèque et la place de la CAN. 229 62 85/645 98 79.www.triskellsow@hotmail.com. www. Triskellso.free.fr.

Appréciation : **

Tenue par une bretonne bonne atmosphère.

27 500 FCFA + Repas 3000 FCFA.

Appréciation : **

- BONI voyages. www. Boni-voyages.com. contact@boni-voyages.com

14 000 FCFA. Petit déj. Compris.

Boni, guide de voyage. Tb pour conseils.


De l’autre côté du fleuve

Le Seguere. Torokorobougou, la villa, rue 310, num 62 (prox ONG point sud). 228 69 08/646 93 51. Site.www.seguere.com. guyfanou@seguere.com

Appréciation : ****

Chambres ventilées à partir de 13 000 FCFA. 5000 FCFA par matelas supplémentaire.

A FAIRE ! Tout confort. Très bonne ambiance et très bon accueil de Françoise ou de Toumouté Nouh (guide Dogon très réputé dogono.nou.free.fr). petit Déj. Sur Niger.

Auberge Selahata. 20 min envi. De l’aéroport national de Bamako. 272 32 78/ 681 39 64. Difficile à trouver (voir petit futé)

Auberge 15 000 FCFA pour une chambre double. 1000 FCFA pour pti.Déj. Cette auberge est également un centre culturel ! Gérée par Solomane Tounkara et sa femme, tous deux descendants de griots. Concerts de musiques traditionnelles mandingues le week end. Bar. Restaurant.

Gie Banso Mazaugues. Magnambougou Projet, BP E3987. 220 79 80 /636 17 74. Bamako.free.fr. giebensomazaugues@yahoo.fr

12 000 FCFA pour deux personnes. Tarifs dégressifs à partir de 10 jours (10%), 20 jours (20%). Des navettes désservent l’aéroport.

Hotel Royal. (5’ de l’aéroport). 220 21 23

Vrai confort à moindre prix : 27 500 FCFA

Hotel Wassoulou. Kalaban Coura, place sogolon. 228 73 73. www. Hotel-residence-wassulu.com. Contact culturel. Hôtel qui appartient à la célèbre chanteuse Oumou Sangaré qui y fait régulièrement des apparitions le samedi soir.

Malifantasy, chambres d’hôtes. Boulkassoumbougou dans la Rue "Montana carré", non loin du centre de santé communautaire (ASACOBOUL). Tel : ( +223) 676 31 55. Web site : www.malifantasytours.com . Mail : fantasydiallo@hotmail.com

- Les chambres sont toutes ventilées avec une douche intérieure et sont équipées deux ou trois lits chacune le prix est : de 6.000 CFA à 13000 CFA la nuit avec petit déjeuner.
- Chambres annexes single ventilées à 4000 CFA la nuit.

-Terrasse est à 2.500 CFA la nuit avec douche et moustiquaire.
Si vous voulez nous pourrons vous accueillir depuis l’aéroport de Bamako Sénou à 8.000 f CFA jusqu’à la maison d’hôte (pour 1 ou 2 personnes, 4000 CFA par personne supplémentaire). Nous vous proposons aussi des services de guide et des circuits exclusifs à travers tous les sites touristiques du pays.

Voir aussi Projets de développement local avec l’école du village de Foré (Bafing).


Région de KAYES


La région de Kayes est une des plus belles régions du Mali et aussi des moins touristiques en raison des fortes chaleurs (« cocotte minute du Mali »). Ses atouts sont surtout naturels. D’un point de vue historique, la région de kayes est le berceau de l’Empire du Ghana, du royaume du Khasso et la tête de pont de la pénétration coloniale française.

La ville de Kayes est située à 598 Km de Bamako.

Attention : les alentours de Kayes sont assez touristiques !

Contacts à rencontrer / Sites à visiter :

- Les chutes de Gouina

- Maisons coloniales

- Journées culturelles de Kayes à Médine (février)

- Parc national de la boucle du baoulé (plusieurs réserves)

- Parc national du Bafing

Hébergements :

Hotel municipal. Maison du jumelage Evry Kayes, quartier Liberté, BP 192 . 252 19 47. cdane@afribone.net.ml. Appréciation : ***

En plein centre ville et surtout à rencontrer en terme de contact culturel !!!

6000 à 8000 FCFA pour deux personnes. Sanitaires en commun !


Hotel Le Khasso. Légal-Ségou, BP 413. 253 16 66

27 500 FCFA (deux personnes). Petit déjeuner inclus. Hôtel le meilleur de la ville. Très bon accueil. Espace culturel Bambera ? (Concerts, à préciser).


Région de SIKASSO

Région agricole par excellence. La ville la plus intéressante étant Yanfolila pour un double aspect : environnemental avec la présence des grandes antilopes d’Afrique occidentale; et culturel avec les artistes de Ouassoulou qui fait de Yanfolila la capitale de la musique du Mali. De nombreuses cantatrices de renommée internationale telles que Nahawa Doumbia, Djeneba Diakité et surtout Oumou Sangaré sont originaires de cette partie du pays.


Région de SEGOU

Située à 220 km de Bamako, Ségou est une halte indispensable avant d’accéder aux grands sites touristiques. Cette ville mérite d’y passer qq. jours. A voir notamment la « Cité des Balazans ». Le Festival du Niger (début février est aussi un événement incontournable). Le nom de Ségou provient de Si koro, ce qui signifie au pied du karité. Ségou est surtout réputée pour un autre arbre : le balanzan. Par ailleurs, Ségou est réputée pour la qualité architecturale de ses maisons et un artisanat diversifié qui propose les plus beaux bologans et les plus belles poteries du pays. Les ségoviens sont également reconnus pour leur refus de l’islamisation.

Contacts à rencontrer / Sites à visiter :

- Espace culturel Bajidala / Michel Bamia

- la « cité des Balazans »

- le village des potiers (en face de Ségou sur l’autre rive du Niger) – traversée en pirogue

(taxe de 3500 FCFA)

- les très beaux villages Bobo dans la région de San - le village de San (marché)

- le village des pêcheurs / Kalabougou (Cf. association des pinassiers/ par groupe/ moins cher)

- L’atelier Kasobane

- le village de TERIYABOUGOU (en direction de Mopti)

Guides:

- Infos à l’office de tourisme (OMATHO)

- Idrissa Diara (622 86 09. diaraidrissa@yahoo.fr)

- Mohammed Sacko, dit Kévin (620 95 66. voyages_sackoyahoo.fr)

– connaît le pays comme sa poche

Guides locaux :

- Papa (608 52 34)

- Pascal Keita (malievasion@wanadoo.fr) – Coup de coeur !!!

Infos pratiques:

- SOTELMA. Quartier commercial. TB connexion !

Hébergements :

Hotel Djoliba . Centre ville. 232 15 72. www.segou-hotel-djoliba.com

zarth@afribone.net.ml

Le prix des chambres autour de 20 000 FCFA + 500 FCFA de taxe touristique. Un peu cher mais impeccable !!!

Le Jacana. Sur l’autre rive du Niger face au centre ville. 671 10 90/ 672 00 53

Entre 20 000 et 30 000 FCFA. 75000 FCFA pour le repas. Très cher, le meilleur hôtel de la ville. Un peu à l’écart donc plus tranquille.

Hotel Badala – Le pied dans l’eau ; 232 24 86 ; hotelbadala@yahoo.fr

17 500 FCFA. Moins cher mais loin du centre ville ! Cependant, idéal pour se baigner…


Sens de ma démarche

L’anthropologie au cœur de mon voyage au Mali

La spécificité de l’anthropologie n’est pas liée à la nature des sociétés étudiées mais à un projet : l’étude de l’homme tout entier, c'est-à-dire dans toutes les sociétés, sous toutes les latitudes.
L’ampleur de la tache est immense et infinie car « il ne saurait exister pour la science de vérités acquises.

« Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses, c’est celui qui pose les vraies questions » (Lévi-Strauss).

L’Anthropologie présente à l’extérieur comme à l’intérieur de sa discipline des frontières communes avec la sociologie, la géographie, l’histoire, la psychologie, la linguistique, l’archéologie, etc. L’interdisciplinarité est au cœur même de la démarche anthropologique. Au-delà de l’inévitable spécialisation du savoir, l’approche anthropologique s’efforce surtout de relier des champs d’investigation qui se donnent habituellement comme séparés et de ne pas procéder au morcellement de l’homme.

L’Homme est un et indivisible et l’observer revient à prendre en considération les multiples dimensions de l’être humain en société. Certes, le chercheur ne peut prétendre, sans présomption, étudier cette totalité du réel, mais il ne peut s’attacher à la compréhension d’une partie sans référence à la totalité étudiée. Il n’y pas de méthode spécifique, l’histoire de l’anthropologie est l’expression même d’un tâtonnement méthodologique.

Ce que vit l’observateur, dans sa relation à ceux qu’il observe, devient partie intégrante de sa recherche. A partir de ce rapport particulier « sujet-objet », l’observateur n’a pas à refouler sa subjectivité. Ce sens de l’observation est lié au travail de terrain dans une démarche allant du plus simple au plus complexe, débutant par l’étude d’éléments facilement discernables et observables comme les techniques – et se poursuivant par l’observation participante de comportements et de mentalités qu’il arrive à partager.

« Observer, ne rien conclure ! » (Mauss).

Il faut parvenir à sortir de soi et de sa culture par l’expérience de l’altérité mais pour se faire, il faut apprendre à organiser son regard dans le sens d’une observation relative et décentrée.

L’observation participante c’est être soi même comme un autre. S’imprégner de son être, vivre ses émotions, la culture s’évalue et s’analyse grâce au déploiement de tous nos sens.

Culture et phénomène social total

La notion ethnologique de culture

La culture, « mot piège » pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, recouvre une réalité aussi riche qu’ambiguë – tantôt ramenée au sémantique, on cherche à en déchiffre le code, la structure tantôt ramenée à un aspect existentiel on en souligne l’ineffable, l’illimité, le jaillissement créatif.

Aussi, la culture envisagée comme « totalité » englobe tous les éléments de la vie sociale, synthèse vivante susceptible d’une évolution continuelle, la culture est inséparable de la société dont elle exprime à la fois le dynamisme et la structure. L’examen des phénomènes de culture permet d’observer de façon privilégiée les rapports entre les personnalités et le groupe. C’est en effet autour de cet ordre essentiel des références, de ce pivot central de la vie sociale, que gravite l’ensemble des rapports qu’entretiennent les hommes avec leurs semblables et avec leur milieu.
La culture devient dans cette perspective, l’expression privilégiée du phénomène social dans sa totalité pour reprendre la formule célèbre de marcel Mauss car chaque individu porte en lui la société toute entière. La culture est une notion strictement humaine.

La culture est apprise (habitudes acquises), transmise d’une génération à l’autre, dynamique (évoluant sans cesse), inséparable de la nature et du vivant, et organisée. Les éléments d’une culture tendent ainsi à former une totalité structurée sans pour autant que cette intégration aboutisse à un système clos car la genèse culturelle est permanente et l’essence même de la culture est dans cette œuvre de dépassement continuelle d’elle-même, de naissance et de mort.

Nous pourrions dire en quelque sorte que la culture « entendue comme l’ensemble organisé des expressions idéologiques et matérielles des rapports des hommes avec leurs semblables et leur milieu exprime au sein d’un groupe la réaction des individus à leur propre conditionnement ».

Or, « nombre d’opérateurs du développement croient que les représentations partagées propres à un milieu social donné, et plus encore à une société villageoise africaine, sont stables et anciennes, présentes à tous niveaux, homogènes, et reflètent une vision du monde cimentée par des valeurs communes. Au contraire, tout usage du terme de culture ne doit jamais oublier qu’on a affaire à des dynamiques permanentes de transformation des représentations et des normes ».

La culture est liée à la vie et au mouvement.

Elle ne peut être perçue qu’à travers des vivants et au quotidien.



Anthropologie du changement social et du développement


(J.P Olivier de Sardan, Anthropologie et développement,

essai en socio-anthropologie du changement social )

Extrait.


Depuis 1960, année de leur indépendance, les pays d’Afrique ont connu plus de 30 ans de « développement ». Cependant les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances et le mot « développement » a besoin lui-même d’approches fondées sur l’analyse et le doute. Comment, aujourd’hui, décrire et comprendre les relations multiples qui existent entre les institutions de développement (publiques ou privées) et les populations locales auxquelles elles s’adressent ?

La socio-anthropologie considère le « développement » comme une forme particulière de changement social, qu’un ensemble complexe d’intervenants (ONG, agences nationales ou internationales, experts, coopérants, techniciens…) cherchent à impulser auprès de « groupes-cibles » eux-mêmes divers et évoluant selon les dynamiques propres. Ces phénomènes sont particulièrement importants en Afrique, en raison du rôle qu’y jouent les flux d’ « aide » et les « projets » de tous ordres.


La socio-anthropologie du développement peut contribuer, pour une part modeste mais réelle, à améliorer la qualité de services que les institutions de développement proposent aux populations, en permettant une meilleure prise en compte des dynamiques locales. Pour ce faire, il faut éviter une anthropologie au rabais, enfermé dans le ghetto de l’expertise et de la consultance. Il ne peut y avoir de « socio-anthropologie appliquée au développement » sans une « socio-anthropologie fondamentale du développement », dont la compétence en matière de recherche empirique se fonde sur la maîtrise de notions et de concepts situés au cœur des sciences sociales contemporaines et qui se démarque des rhétoriques et des idéologies développementistes.


Logiques, rationalités, représentations, stéréotypes, stratégies, innovations, mode d’action économique, détournements, dispositifs, médiations, négociations sont au cœur de l’anthropologie du changement social et du développement.

Nous reparlerons ultérieurement des dynamiques culturelles.


Autre question :

Est-il- vraiment possible de réhabiliter l’Afrique sans l’idéaliser ?

Extrait. J.P. Olivier de Sardan, Anthropologie et développement, essai en socio-anthropologie du changement social


Le développement est devenu une profession, le monde du développement est un « marché ». Or, dans cette profession, dans ce marché, l’approche populiste est loin d’être restée une idéologie marginale. Elle s’est largement institutionnalisée et a engendré un ensemble de pratiques, de rhétoriques et de représentations populistes (tournées vers le peuple), développementistes (destiné à impulser un développement en répondant à des besoins identifiés), qui s’incarnent de manière cohérente dans la logique de « projets » conçus comme autant de réponses conceptuelles et théoriques à des besoins présumés comme réels.


De la nécessité de découvrir le peuple, on débouche vite sur la question « que découvrir dans le peuple ? » ; L’élan moral débouche sur la soif de connaissance. Du populisme moral on passe au populisme exploratoire, au populisme cognitif. Il correspond à la mise à jour d systèmes de représentations, de rationalités, de logiques, de productions symboliques, de savoirs propres au « peuple », c'est-à-dire aux cultures « oubliées » ou « dominées ». (Berger, 1978)

C’est ainsi que le populisme moral, en débouchant sur un appel au populisme cognitif, rencontre inévitablement l’anthropologie.

« L’idéologie populiste débouche sur une politique de valorisation des ressources propres au peuple et d’appui aux dynamiques des sociétés locales, alors que l’idéologie misérabiliste débouche sur une politique de l’éducation permettant une vulgarisation de connaissances extérieures en direction de populations qui ne peuvent s’en sortir par elles-mêmes. En fait, cette contradiction est inhérente au système développementiste : toute situation de développement implique d’un côté nécessairement à une dynamique endogène, comme elle implique tout aussi nécessairement une intervention extérieure, et suppose un transfert de savoirs et de ressources ».

jeudi 25 octobre 2007

Rencontres avec le Mali


Partir au Mali, oui, mais pourquoi ? Et pour faire quoi ?

La bonne volonté ne suffit pas toujours et les bonnes actions deviennent vite des sédimentations de croyances et de mystifications naïves –aux effets pervers- si l’on ne prend pas le temps de s’interroger sur le sens de la démarche et sur les raisons intrinsèques d’un tel voyage.

Aussi, je me suis demandée ce que j’espérais trouver au Mali.

La première chose qui me soit venue à l’esprit pour mon voyage au Mali, c’était l’engagement. Une Idée de l’engagement, celle du changement de vie, d’une insatisfaction chronique, comme si tout ce que j’avais fait jusqu’à présent n’avait jamais eu de sens ni de vraie valeur.

L’Afrique comme issue, le choix de la fuite face à une impasse.

Et puis il y avait cette sorte de vocation morale imprimée dans notre inconscient collectif : Donner, donner, donner…Comme si, en face j’étais sûre qu’il n’y avait que des « besoins » et pas (ou peu) de « moyens ». Comme si, par ma seule volonté, je supposais qu’il n’y avait rien eu avant moi et que j’étais seule à pouvoir faire changer les choses, ou seule à vouloir que les choses changent ! En tout cas, derrière le « désir (d’Afrique) ... », la volonté de « se sentir utile (enfin) à quelque chose ou à quelqu’un… »…

A l’origine du voyage, il y avait un fantasme : je devais agir pour que le monde change.

Utopie de la jeunesse ou militantisme néo-soixante-huitard…
Mais qui n’a jamais pensé partir loin pour quitter un quotidien monotone et sans perspectives ? Qui n’a jamais voulu sauver le monde ?

Oui, il fallait d’abord commencer par le commencement, autrement dit ébaucher les stéréotypes naïfs pour pouvoir ensuite les combattre.

Comme si Ailleurs, loin, très loin, il y avait quelque chose qui m’attendait ou quelqu’un : MOI.

Ma quête, notre quête à tous. Tenter de décrypter qui nous sommes vraiment.
Derrière la façade, les représentations, l’éducation, le regard des proches…

En réalité, tout cela tenait à un fil.

La pensée, lorsqu’elle ne renvoie qu’à elle-même, peut facilement nous couper du réel et nous donner en pâture quelques fantasmes illusoires pour se rassurer. Le premier déclic avait eu lieu : pour se connaître, il fallait être connectée aux autres, au réel. Quelle découverte ! N’ayant vécu jusqu’à présent que de culture livresque, et alimentée par une vision très intellectuelle de la vie, je venais de comprendre pourquoi j’étais là, hic et nunc, autrement dit que j’existais. Et qu’il fallait, dans ma problématique identitaire, passer par l’autre pour me connaître mieux.

L’Autre, l’étranger, celui qui devait me renvoyer vers cette part inconnue de moi-même.

Est-ce que c’était ça la découverte émerveillée du peuple par les intellectuels dont parle l’anthropologue J.P olivier de Sardan ?

Autrement dit la prise de conscience populiste qui propulse un individu dans une cause sociale, morale, intellectuelle, scientifique… vers un projet, et de préférence un projet de développement, un projet solidaire.

C’était ma deuxième rencontre avec l’Afrique...

Pleins de questions commençaient à me gagner. Si je partais au Mali, c’était pour m’aider ou pour aider les africains, et qui plus est, les africains dans le besoin ?

A quel titre et selon quelles modalités moi, qui suis, par définition comme par culture, différente d’eux pouvais-je parler en leur nom, voire agir pour eux, ou avec eux ?

Comment nier que la culture cosopolite-urbaine-privilégiée, qui est celle où évoluent les « développeurs » dont je faisais partie, méconnaissait et ignorait la plus grande partie des populations maliennes ?

Cette réflexion m’a rapidement conduit vers un questionnement de fonds sur le sens même du « développement ».

Parce que nous avons naturellement tendance à survaloriser le désir d’apporter quelque chose sans que les besoins et attentes de l’Autre ne soient perçus pleinement. Agir en soutenant l’initiative de personnes qui s’engageaient pour une cause morale, qu’elle soit environnementale, humanitaire, ou culturelle. Oui, cela me paraissait indispensable. Mais ça ne devait pas se faire pas n’importe comment. Aussi, je souhaitais valoriser et promouvoir avant toute chose des projets élaborés par des africains et pour des africains.

Mon objectif n’était pas de créer un « projet » bien ficelé et « prêt à recevoir ». De coller des idées sur d’autres idées. Je ne voulais surtout pas alimenter une vision de l’Afrique noire, cristalliser des stéréotypes partagés, construire à mon tour un « fantasme africain », celui du communautarisme retrouvé, de la paysannerie hospitalière, d’un continent humble, simple, traditionnel, comme figé dans l’Histoire. L’Afrique matrice de l’Humanité ! Ni à l’inverse, de n’y voir que tribalisme, corruption, maladie, et misère. Un contre-balancement logique des logiques marchandes et de la mondialisation.

Comment voyager ? Comment m’engager ? Un voyage au Mali n’était pas suffisant pour construire un projet solide.

Je me fixais donc 3 objectifs atteignables :

1) Mettre en lumière la richesse des initiatives qui sont développées en Afrique.

Réunir pleins de témoignages pour constituer de la mémoire. Projet, ou non projet, je voulais proposer une invitation à participer, une initiative qui ne soit pas fermée ni cloisonnée autour d’un objectif, au contraire, son sens et sa légitimité tenait dans la rencontre avec les africains, en Afrique, au Mali. Elle devait donc évoluer en fonction des rencontres sur le terrain, des échanges et des affinités avec les personnes.

2) Véhiculer une autre image de l’Afrique

Alors que les populations maliennes sont en perpétuel changement, qu’elle se redéfinissent et se renouvellent constamment en construisant leur propre contemporanéité, l’Afrique est trop souvent noyée sous des rafales médiatiques qui cultivent un discours alarmiste et passéiste en l’enfermant dans un traditionalisme immuable. Il s’agissait de casser certains stéréotypes et de s’intéresser à un seul pays pour s’imprégner de ce qui fonde son l’identité du Mali. En anthropologie, on appelle cela une observation participante.


3) Trouver un fil directeur, éviter les généralisations touristiques et assumer le caractère individuel et identitaire de mon voyage

Ce qui était important pour moi c’était d’inscrire mon voyage dans une démarche signifiante afin de renouer avec des choses essentielles, ce qui touche à l’Homme dans sa globalité quel que soit sa couleur de peau. Un regard anthropologique était au cœur de mon voyage au Mali.

En définitif, je ne savais pas encore ce que je voulais vraiment faire au Mali, quel projet je souhaitais mettre en place, et s’il allait vraiment exister en tant que projet de développement. Mais j’étais certaine de savoir ce que je voulais transmettre par ce voyage. Une Afrique actrice de son propre développement et maîtresse de son avenir, une Afrique en mouvement permanent qui n’attend pas l’aide internationale pour s’épanouir et s’ancrer dans le monde moderne que je souhaiterais présenter. Pour, peut-être, contribuer, très modestement, au processus de réhabilitation de l’estime de soi plus global et permettre notamment aux plus jeunes de se réapproprier leur propre culture. Le développement (social) passe par cela, c’est quelque chose d’intérieur, une confiance qui se retrouve et qui doit se consolider. Ce n’est pas quelque chose d’arbitraire que l’on programme de l’extérieur ni que l’on institutionnalise.


C’était ça, MA définition du développement.


Ma troisième rencontre avec le Mali a eu lieu lorsque ma démarche anthropologique s’est incarnée dans le concept même de biodiversité.


L’étude de L’Homme, telle que je l’envisage au travers de ce voyage, passe en effet par un respect du vivant dans son ensemble, un intérêt aux problématiques environnementales, à la nature comme un élément vital dont dépend la survie de notre espèce. Et à la nécessité de préserver la diversité écologique, autrement dit ce capital naturel que nous nous devons de protéger dans le présent pour les générations à venir.

Or, cette biodiversité, qui représente l'ensemble des espèces vivantes présentes sur la Terre (plantes, animaux, micro-organismes, etc.), les communautés formées par ces espèces et les habitats dans lesquels ils vivent est plus que jamais en péril. L’Homme est, par voie de conséquence, lui aussi une espèce en voie d’extinction… et ce qui est inédit et très paradoxal c’est qu’il tend, de son propre fait, vers son autodestruction.

Parce qu’il n’y pas de cause moins noble (protection animale, ou végétale), ou de cause plus légitime (droits de l’Homme), si l’on prend le temps de considérer l’Homme dans sa globalité. Il est simplement la partie d’un tout en s’inscrivant dans le règne du vivant.

C’est ainsi que des projets de développement intégré (environnement, activités agro-écologique, programme de sensibilisation à la biodiversité, appui aux organisations locales) et leur pérennisation vont avoir des impacts socio-économiques significatifs et durables sur les conditions de vie et les comportements des populations.

Il faut donc remonter la chaîne des vivants et revenir à l’essence même de la VIE, à l’écologie, aux projets environnementaux, car ils sont aujourd’hui des enjeux de développement social, économique, majeurs pour l’Afrique.




Arbre de karité